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Du prior à la pénalité

Fil B, seconde moitié. D'où sort λβ‖² ? Que fournit-il que les données ne fournissaient pas ? Et pourquoi L1 met-il des zéros exacts ? La pénalité est la trace du prior, exactement comme la loss est la trace du bruit — même geste, appliqué à β au lieu de y. Exemple fil rouge : la régression colinéaire de D4, trois points, deux features, une droite entière de solutions.

Ce que cette chaîne suppose acquis
  • Le geste en six pas (p02-01) : densité → produit → log → négatif → jeter → nommer. Il produit la NLL. Ici on ne le redéroule pas : on le rejoue sur un deuxième objet, le prior, et on additionne.
  • Bayes (p00-03) : p(β | D) = p(D | β) p(β) / p(D), donc p(β | D) ∝ L(β) p(β) à données fixées : le dénominateur ne dépend pas de β et ne déplace aucun argmax.
  • Valeurs propres (p04-02) : si Av = μv alors (A + λI)v = (μ + λ)v. Mêmes vecteurs propres, spectre décalé. Une matrice symétrique est inversible si et seulement si aucune valeur propre n'est nulle.
  • Les calculs sont faits ailleurs. Le déroulé D4 refait les marches 8 à 11 ligne à ligne sur ce même jeu colinéaire. Ici on garde les règles, les chiffres d'arrivée et les points d'arrêt.
Hypothèses posées
H1Une loi sur β avant les données — le prior. C'est la deuxième et dernière hypothèse de tout le fil B, après la loi du bruit. N(0, τ²) ou Laplace(0, τ), coordonnées indépendantes. H2Le bruit est celui de p02-01 : σ² est connu, ou bien jeté avec les constantes. Rien de neuf de ce côté. H3On cherche l'argmax du posterior (MAP), un seul point — pas le posterior entier, qui est l'objet de p02-03. Un maximum n'est pas une distribution.

La chaîne

Le décor

La vraisemblance ne détermine pas toujours un β, et elle échoue de deux façons opposées : trop de solutions, ou aucune. Colinéarité parfaite : une droite entière de β donne exactement le même RSS. Séparation parfaite : la NLL décroît vers 0 sans jamais l'atteindre.

Dans les deux cas il manque un critère. Comme la loss au pas 1 de p02-01, il ne va pas se décréter : il va se déduire.

« La vraisemblance seule laisse une droite entière de solutions ou n'en laisse aucune, donc il manque un critère, donc on ne va pas l'inventer mais le déduire d'une seconde hypothèse. »

Application — les deux jeux fil rouge

Colinéaire : x1 = (1, 2, 3), x2 = (2, 4, 6) = 2x1, y = (1, 2, 3), modèle f = β1x1 + β2x2.

XX = [[14, 28], [28, 56]]  ·  valeurs propres 0 et 70  ·  Xy = (14, 28)

Rang 1 : toute la droite s = β1 + 2β2 = 1 a RSS = 0.

β1β2sRSSβ‖²
10101
3−11010
−11102
0,20,4100,2

La solution n'est pas instable, elle est non identifiable. Même mécanisme dès que p > n : le rang de XX vaut au plus n < p, donc au moins une valeur propre est nulle, donc une infinité de solutions. Une seule brique à retenir : valeur propre nulle ⇒ pas d'unicité.

Séparable : x = (−2, −1, 1, 2), y = (0, 0, 1, 1), p = σ(βx). NLL(β) = 2 log(1 + eβ) + 2 log(1 + e−2β), strictement décroissante : β n'existe pas.

Le prior sur β tronc

On pose une loi sur β avant de voir les données. Bayes retourne alors la vraisemblance en une loi sur le paramètre :

p(β | D) ∝ L(β) · p(β)

La barre change de statut. En fréquentiste on écrivait p(y | x ; θ), point-virgule, parce que θ était fixe. Ici β est une variable aléatoire : p(β | D) est un vrai conditionnement, et c'est le posterior.

« Le prior est une hypothèse sur le monde, donc il est discutable et remplaçable, donc il n'est pas un artifice. »

Application — deux priors, deux croyances
priordensitéce qu'il dit
N(0, τ²)∝ exp(−β²/(2τ²))les coefficients sont modérés, centrés sur zéro, aucun n'est exactement nul
Laplace(0, τ)∝ exp(−|β|/τ)la plupart sont proches de zéro, quelques-uns sont francs

τ est la largeur de la croyance : τ grand = « je ne sais pas grand-chose » ; τ petit = « je suis sûr qu'ils sont petits ». Le prior ne parle jamais des données, seulement du monde d'où elles viennent.

Sur le jeu colinéaire, ce prior seul ne sait rien : il donne le même poids à (1 ; 0) et à (0 ; 1). C'est combiné au RSS qu'il tranche.

log prior → pénalité

Maximiser le posterior, c'est minimiser son −log. Le produit devient une somme : la NLL, plus le −log du prior. Le geste des pas 4–6 de p02-01, appliqué à β au lieu de y.

log p(β) = ‖β‖² / (2τ²) + cste
argminβ [ RSS/(2σ²) + ‖β‖²/(2τ²) ] = argminβ [ RSS + λβ‖² ],   λ = σ²/τ²

C'est Ridge, et il n'a pas été choisi : il est tombé. Le facteur 2σ², constant, ne déplace pas l'argmin.

« Le MAP minimise la NLL plus le moins log du prior, donc un prior gaussien ajoute un terme quadratique, donc c'est L2 avec λ = σ²/τ². »

Application — λ a un sens

λ = σ²/τ² est un rapport de variances : bruit des données sur largeur de la croyance.

σ²τ²λlecture
11000,01prior large, données propres : on écoute les données
111à égalité
40,2516bruit fort ou prior étroit : on croit le prior

Prior de Laplace, même geste : −log p(β) = ‖β1/τ + cste, et en multipliant par 2σ² on obtient argmin [ RSS + λβ1 ] avec λ = 2σ²/τ. C'est le Lasso. Rien d'autre n'a changé que la densité du prior.

λ → 0 redonne le maximum de vraisemblance ; λ → ∞ écrase β vers 0, c'est-à-dire vers le prior seul.

Ce que la pénalité fournit tronc

Le RSS est constant sur la droite des solutions ; λβ‖² ne l'est pas. Un seul point survit : la pénalité fournit l'unicité.

Sous séparation, la NLL descend vers 0 sans l'atteindre pendant que λβ² monte vers +∞ : la somme redescend puis remonte, donc elle a un minimum. La pénalité fournit l'existence.

Dans les deux cas elle tranche là où les données ne tranchent pas. Le gain en test vient ensuite, par la variance ; ce n'est pas le mécanisme.

« Là où les données ne tranchent pas, la pénalité tranche, donc elle rend la solution unique ou existante, donc l'amélioration en test est une conséquence et non le mécanisme. »

Application — le point choisi, et le minimum créé

Unicité. Paramétrons la droite : (β1, β2) = (1 + 2t, −t). Alors

β‖² = (1 + 2t)² + t² = 5t² + 4t + 1

Parabole, un minimum, en t = −0,4 → β = (0,2 ; 0,4), de norme ‖β‖² = 0,2 et ‖β2 = 0,447. Les trois autres lignes du tableau du pas 1 valent 1, 10 et 2 : elles perdent toutes.

Existence. Sur le jeu séparable, argmin [NLL(β) + λβ²] existe dès que λ > 0 :

λ0,010,11
β3,411,850,71

Même λ = 10−6 suffit : il ne change rien près de l'origine, il bloque seulement la fuite à l'infini. La pénalité ne rend pas la solution meilleure, elle la fait exister.

Figure 1 — la boule qui gonfle jusqu'à la droite

Le plan (β1, β2). La droite rouge est l'ensemble des solutions à RSS = 0 : les données n'ont rien d'autre à dire. Gonfle le rayon : le cercle L2 touche la droite le premier à r = 0,447, en (0,2 ; 0,4) — deux coordonnées non nulles ; le losange L1 touche à r = 0,5, par un sommet posé sur l'axe, en (0 ; 0,5) — une coordonnée exactement nulle. Le premier contact est le point de la droite de plus petite norme : c'est lui que la pénalité choisit.

Figure 2 — la pénalité fait exister le minimum

Le jeu séparable. La NLL seule descend vers 0 sans jamais l'atteindre : aucun minimum, β fuit. Ajoute la pénalité λβ² : la somme remonte, et le minimum apparaît. Mets λ à 0 puis remonte-le d'un cran : c'est le passage de « pas de solution » à « une solution ». Baisse ensuite λ : β part vers la droite — 3,41 à λ = 0,01, et rien ne l'arrête à λ = 0.

+λI translate, n'annule pas tronc

Côté matrice, Ridge remplace XX par XX + λI. Les vecteurs propres ne bougent pas, le spectre se décale en bloc :

(XX + λI)v = XXv + λv = (μ + λ)v

La valeur propre 0 devient λ, 70 devient 70 + λ. Toutes strictement positives ⇒ la matrice est inversible ⇒ la forme fermée existe à nouveau.

Rien n'est annulé. La direction propre plate n'est pas supprimée : elle est relevée, juste assez pour qu'un minimum unique s'y trouve. Ce sont les coefficients que L1 annule, au pas suivant — autre objet, autre mécanisme.

« Ajouter λI ajoute λ à chaque valeur propre, donc la valeur propre nulle devient λ, donc la matrice devient inversible, donc la forme fermée existe à nouveau. »

Application — la forme fermée retrouvée
β = (XX + λI)−1 Xy

λ = 1 : la matrice vaut [[15, 28], [28, 57]], déterminant 855 − 784 = 71 = 1 × 71, le produit des deux valeurs propres.

β1 = (57·14 − 28·28)/71 = 14/71 = 0,197  ·  β2 = (15·28 − 28·14)/71 = 28/71 = 0,394
λpetite v.p.grande v.p.conditionnementβ
0070∞ — non inversibletoute la droite
0,010,0170,017 001(0,200 ; 0,400)
117171(0,197 ; 0,394)
1010808(0,175 ; 0,350)

En forme fermée : β = (1/5)·(70/(70 + λ))·(1, 2). Le rapport β2/β1 reste exactement 2 quel que soit λ : le signal Xy = 14·(1, 2) vit entièrement dans la direction propre non nulle, et Ridge ne fait qu'y rétrécir. Quand λ → 0, on retrouve (0,2 ; 0,4) : le point de norme minimale de la figure 1.

Figure 3 — le spectre se décale, il ne s'efface pas

en haut : la grande valeur propre · en bas : la petite, sur son propre axe

Les deux valeurs propres de XX + λI en fonction de λ. Deux droites de pente 1, l'une partant de 70, l'autre de 0 — d'où les deux axes séparés, sans quoi la seconde serait collée au bord. Fais glisser λ : la petite valeur propre vaut exactement λ. Elle quitte 0 dès le premier cran et ne le rejoint plus : translation, pas annulation. Le déterminant λ(70 + λ) et le conditionnement (70 + λ)/λ suivent : à λ = 0 le premier est nul et le second infini, c'est la même phrase dite trois fois.

L1 tranche ailleurs

Prior de Laplace ⇒ pénalité ‖β1 ⇒ Lasso. Même rôle qu'au pas 4 — trancher sur la droite plate — mais le point choisi change.

Géométrie. Gonfler la pénalité jusqu'au premier contact avec la droite, c'est gonfler sa boule. La boule L2 est ronde : elle touche n'importe où, et presque jamais sur un axe. La boule L1 est un losange dont les sommets sont posés sur les axes : une droite générique la rencontre d'abord par un sommet, donc avec une coordonnée exactement nulle.

Lu en pente plutôt qu'en géométrie, c'est le même fait : pente de |β| constante jusqu'à 0, pente de β² qui s'évanouit — p03-01, habit 3.

« La boule L1 a ses sommets sur les axes, donc le premier contact avec la droite des solutions tombe sur un sommet, donc une coordonnée est exactement nulle, donc L1 sélectionne là où L2 répartit. »

Application — le même jeu, l'autre point

Sur la droite (1 + 2t, −t) : ‖β1 = |1 + 2t| + |t|, qui vaut 1 + t sur [−0,5 ; 0] — décroissante jusqu'au bord. Minimum en t = −0,5 → β = (0 ; 0,5), valeur 0,5.

priorpénalitépoint choisilecture
gaussienβ‖²(0,2 ; 0,4)répartit entre les deux features colinéaires
Laplaceβ1(0 ; 0,5)en éteint une, garde l'autre

Le zéro exact, en forme fermée. Design orthonormal, critère ½(βb)² + λ·pen(β) avec b l'estimation non pénalisée :

L2 (pen = ½β²) : β = b/(1 + λ)   ·   L1 (pen = |β|) : β = signe(b)·max(0, |b| − λ)

b = 0,8 : à λ = 0,5, L2 donne 0,533 et L1 donne 0,300 ; à λ = 1, L2 donne 0,400 et L1 donne 0, exactement. Le seuillage doux : L1 soustrait λ puis s'arrête à zéro, L2 divise et n'y arrive jamais.

Elastic Net additionne les deux pénalités pour garder les zéros tout en stabilisant les groupes de features corrélées ; le chemin complet de λ est l'objet de p05-03.

Le λ réel, celui qu'on règle

On ne connaît ni σ² ni τ² : λ ne se calcule pas, il se choisit, par validation croisée sur une grille logarithmique.

Deux statuts à ne pas confondre. L'équivalence des formules — pénalité L2 = −log d'un prior gaussien — est un fait, vrai ligne à ligne. L'interprétation bayésienne est une lecture : elle explique la forme de la pénalité, pas la valeur de λ.

« σ² et τ² ne sont pas observables, donc λ ne se calcule pas et se choisit par validation croisée, donc la lecture bayésienne donne la forme de la pénalité et la CV en fixe la force. »

Application — les trois gestes obligatoires
  • Standardiser d'abord.β‖² dépend des unités : passer une longueur de mètres en millimètres divise son coefficient par 1 000 et le rend invisible à la pénalité. Centrer-réduire sur le train seul, à l'intérieur de la CV.
  • Ne pas pénaliser l'intercept. Il n'a aucune raison d'être proche de zéro : le tirer vers 0 déplace la prédiction moyenne.
  • Grille logarithmique (10−4 … 104), et le λ retenu doit tomber à l'intérieur de la grille : s'il est au bord, la grille est trop courte.

Sur le jeu colinéaire, la CV n'a rien à départager en erreur — le RSS vaut 0 pour toute la droite. Elle choisira un λ petit, et ce λ petit suffit à rendre β unique : λ = 0,01 → (0,200 ; 0,400).

Quand n est petit, un seul point — l'argmax du posterior — ne dit plus grand-chose : la largeur du posterior porte l'information. C'est p02-03.

Où ça casse casse

La pénalité est le prior. Tout ce qui casse vient de là : un prior faux, ou un prior qu'on croit poser alors qu'on en pose un autre.

« La pénalité est le moins log du prior, donc choisir une pénalité c'est déclarer une croyance, donc la question n'est pas de savoir si l'on régularise mais ce que l'on croit du monde. »

Quatre limites
  • Prior faux. L2 sur une vérité vraiment sparse répartit du poids sur des features inutiles au lieu de les éteindre ; L1 sur des effets diffus et corrélés en éteint à tort et n'en garde qu'une par groupe. Le critère ajouté doit correspondre à ce qu'on croit du monde : effets diffus ⇒ L2, vérité sparse ⇒ L1.
  • Échelle.β‖² compare des coefficients qui n'ont pas les mêmes unités. Sans standardisation, λ pénalise surtout les features à petite échelle — dont les coefficients sont grands — et le prior effectivement posé n'est pas celui qu'on croyait.
  • Intercept. Le pénaliser revient à poser un prior centré sur 0 pour la valeur moyenne de y, ce que personne ne croit. On le laisse libre.
  • « On régularise pour éviter l'overfitting ». Phrase tentante et fausse au niveau du mécanisme : la pénalité fournit l'existence et l'unicité, en tranchant là où le RSS est plat. La baisse de variance et le gain en test sont une conséquence (p06-01). Dire la conséquence sans le mécanisme est ce qui coûte en entretien.

Résumé

À retenir
  1. Tout le fil B tient sur deux hypothèses : la loi du bruit (p02-01) et le prior sur β (ici). Le reste est du calcul.
  2. MAP = NLL + (−log prior). Gaussien → λβ‖² avec λ = σ²/τ² ; Laplace → λβ1.
  3. La pénalité fournit l'existence et l'unicité : elle tranche là où les données ne tranchent pas. Le gain en test est une conséquence.
  4. +λI translate le spectre de λ : 0 → λ, 70 → 70 + λ. Rien n'est annulé, tout devient inversible.
  5. L1 tranche sur un sommet de sa boule, posé sur un axe : zéros exacts, (0 ; 0,5). L2 tranche au plus près : (0,2 ; 0,4), jamais zéro.
  6. λ par validation croisée ; standardiser avant ; ne pas pénaliser l'intercept.
« La pénalité L2 est le moins log d'un prior gaussien sur les coefficients, avec λ égal au rapport variance du bruit sur variance du prior. Ce qu'elle fournit, c'est l'existence et l'unicité : sous colinéarité elle choisit le point de norme minimale, et +λI translate chaque valeur propre de λ sans rien annuler. Un prior de Laplace donne L1, qui tranche sur un coin de sa boule et met des coefficients exactement à zéro. »

Chaîne verbalisée — une prise, à voix haute

5 maillons · clique pour révéler après avoir dit
  1. D'où sort λβ‖² ?
    Du −log d'un prior N(0, τ²) sur β. Le MAP minimise NLL + (−log prior) ; le terme quadratique tombe, avec λ = σ²/τ².
  2. Que fournit la pénalité sous colinéarité ?
    L'unicité. Le RSS est constant sur la droite des solutions, la norme ne l'est pas : elle choisit (0,2 ; 0,4), le point de plus petite norme.
  3. Que fait +λI aux valeurs propres ?
    Il les translate de λ, mêmes vecteurs propres : 0 → λ, 70 → 70 + λ. Toutes positives ⇒ inversible ⇒ forme fermée. Rien n'est annulé.
  4. Pourquoi L1 met-il des zéros exacts ?
    Sa boule a ses sommets sur les axes, et le premier contact tombe sur un sommet : (0 ; 0,5). En pente : |β| garde une pente constante jusqu'à 0, β² l'évanouit.
  5. Que fournit la pénalité sous séparation parfaite ?
    L'existence. La NLL seule n'a pas de minimum ; λβ² → ∞ fait remonter la somme. λ = 0,01 → β̂ = 3,41.