L'intervalle
porte sur la procédure

Cas 1 du fil A. Déroulé autoporteur de la chaîne accuracy → SE → IC, tenue le 11/09/2026. À lire lentement, une fois, en jouant avec chaque figure.

le bruit, ce qui vient du tiragela lecture fausse, ce qu'on est tenté de direla vraie valeur, fixe

0La question unique et les trois niveauxle décor, et la source de presque toutes les confusions

Une seule question organise toute l'inférence : qu'est-ce qui varierait si je refaisais l'expérience ? Tout ce qui suit est une manière de répondre à cette question de façon chiffrée.

Le décor. Un classifieur d'images, fixé, entraîné, on n'y touche plus. Un test set de n = 5 000 images tirées de la population des images que le modèle rencontrera. Il en classe correctement 4 360 : accuracy 87,2 %. Tu veux écrire dans ton rapport ce que vaut ce modèle, avec une marge honnête.

Les probabilités vivent au niveau 2. Une fois le nombre tombé, il n'y a plus de probabilité : 87,2 est un nombre, il ne fluctue pas, il est. La quasi-totalité des phrases fausses sur les intervalles de confiance vient d'un glissement entre les niveaux 2 et 3, et la figure des cent équipes, plus bas, existe pour le rendre impossible.

Le vocabulaire, fixé avant tout calcul

objetnotationstatutne pas confondre avec
vraie accuracy, sur toutes les images possiblespfixe, inconnuel'accuracy mesurée
accuracy mesurée sur ce test setaléatoire au niveau 2, un nombre au niveau 3p
résultat sur l'image iXi ∈ {0, 1}aléatoire
dispersion d'une observationσ = √(p(1−p))ne dépend pas de nSE
dispersion de l'estimateurSE = σ/√nrétrécit en 1/√nσ
SE estiméeSÊ = √(p̂(1−p̂)/n)ce qu'on peut calculerSE, qui contient p inconnu

La ligne σ contre SE est celle qui se mélange le plus. σ dit à quel point une image est imprévisible ; SE dit à quel point ta moyenne sur 5 000 images est imprévisible. Le premier ne bouge pas quand tu ajoutes des images ; le second rétrécit.

1Les briques, une par unerien n'est utilisé avant d'être posé ; deux règles portent tout

Variable aléatoire. Le résultat numérique d'une expérience pas encore faite. Après tirage, ce n'est plus une variable aléatoire, c'est une réalisation. Xi, « le modèle a-t-il bon sur l'image numéro i », est une variable aléatoire tant que l'image i n'est pas tirée.

Espérance. E[X] = Σv v·P(X = v). Le centre de gravité de la loi. Propriété cardinale : linéaire, toujours, sans condition. E[aX + bY] = aE[X] + bE[Y] que X et Y soient indépendants ou non. Retiens que c'est la seule brique qui ne demande rien.

Variance. Var(X) = E[(X − E[X])2]. La dispersion autour du centre. Pourquoi le carré, et pas l'écart tout court ? Deux raisons, pas une, et la figure montre la première.

La seconde raison est celle qui compte pour la suite : le carré donne l'additivité (règle 2 ci-dessous). Avec la valeur absolue, on aurait bien une mesure de dispersion, mais la dispersion d'une somme ne se calculerait plus à partir des dispersions des termes. Formule de calcul équivalente, en une ligne : développer (X − μ)2 = X2 − 2μX + μ2, prendre l'espérance, Var(X) = E[X2] − E[X]2.

Écart-type. σ = √Var. Il remet dans l'unité de X (des points d'accuracy, pas des points carrés). Discipline : calculer en variance, interpréter en écart-type. Les variances s'ajoutent, les écarts-types non.

Règle 1 — changement d'échelleVar(aX) = a2·Var(X). Diviser une variable par 10 divise sa variance par 100, son écart-type par 10. Preuve en une ligne : (aX − aμ)2 = a2(X − μ)2, puis linéarité de l'espérance.
Règle 2 — variance d'une sommeVar(X ± Y) = Var(X) + Var(Y) ± 2·Cov(X, Y). Indépendance ⇒ Cov = 0, et alors les variances s'ajoutent. Retiens cette formule : elle contient à elle seule le 1/n de l'erreur-type (cas 1) et tout l'appariement (cas 2).

Bernoulli(p). X vaut 1 avec probabilité p, 0 sinon. E[X] = 1·p + 0·(1−p) = p. Comme X2 = X (un 0 ou un 1 au carré ne change pas), E[X2] = p, donc Var(X) = p − p2 = p(1−p). Nulle en 0 et en 1, maximale (0,25) en 0,5 : un modèle toujours juste ne fluctue pas, un modèle qui a une chance sur deux fluctue le plus.

2La moyenne de n tirages iidbrique unique : Var(X̄) = σ²/n, et d'où vient chaque n

X1, …, Xn indépendants et de même loi, chacun d'espérance μ et de variance σ2. X̄ = (1/n) Σ Xi.

Maillon 1. E[X̄] = (1/n) Σ E[Xi] = (1/n)·n·μ = μ. Règle : linéarité. Aucune indépendance requise. L'estimateur est sans biais.

Maillon 2, en trois pas séparés.

Var(X̄) = Var((1/n)·ΣXi) = (1/n2)·Var(ΣXi)

Règle 1, avec a = 1/n. D'où le n2.

Var(ΣXi) = Σ Var(Xi) = n·σ2

Règle 2, avec toutes les covariances nulles parce que les Xi sont indépendants. C'est le seul endroit de la chaîne où l'indépendance sert.

Var(X̄) = nσ2/n2 = σ2/n, donc SE = σ/√n

Le n2 de la règle 1 contre le n de la règle 2 : il en reste un. « Pourquoi n et pas n2 ? » attend exactement cette simplification.

Deux points d'attention sur ce maillonCovariances positives (frames consécutives d'une même vidéo, reformulations d'une même question) : la règle 2 garde ses termes 2Cov, la vraie variance est plus grande que σ²/n, et la SE calculée ment par optimisme. Et la loi de la racine carrée : diviser l'incertitude par 2 demande 4 fois plus de données, par 10 demande 100 fois plus. La figure le montre : la courbe s'aplatit vite.

3Appliquer à l'accuracy, puis le plug-in, puis le TCLle maillon qui saute le plus souvent, et la circularité placée là où elle surgit

L'accuracy est une moyenne empirique de Bernoulli. C'est le maillon que l'on oublie de dire, et une fois dit, tout ce qui précède s'applique sans rien changer. Niveau 1 : p. Niveau 2 : tirer 5 000 images iid, Xi ~ Bernoulli(p), p̂ = (1/n) Σ Xi. Donc E[p̂] = p et Var(p̂) = p(1−p)/n, en remplaçant σ² par sa valeur Bernoulli.

Le même p pour toutes les images n'est pas un postulat : c'est la conséquence de rendre aléatoire le tirage de l'image. Les images ont des difficultés différentes ; avant tirage, chaque position a la même probabilité de succès, la moyenne des difficultés sur la population. C'est déroulé en détail dans la page du cas 3, section « Rappel ».

Le plug-in, exactement là où il apparaît

La formule SE = √(p(1−p)/n) contient p. Tu ne connais pas p, c'est précisément ce que tu cherches. Circularité. On la résout en remplaçant p par : SÊ = √(p̂(1−p̂)/n). Pourquoi c'est légitime : tend vers p quand n grandit, et surtout la fonction p(1−p) est plate près de son sommet, donc se tromper un peu sur p change très peu la SE.

Fil rouge. √(0,872 × 0,128 / 5000) = √(0,1116/5000) = √(2,23·10−5) = 0,00472, soit 0,47 point. Formule de poche : SE ≤ 1/(2√n), atteinte en p = 0,5 ; pour n = 5 000, 0,71 point au pire. Où ça casse : près de 0 ou 1. Zéro erreur sur 100 images donne SÊ = 0, absurde. Règle : np̂ ≥ 10 et n(1−p̂) ≥ 10, sinon Wilson (marche 5).

Le TCL : la forme du bruit

Chaque Xi ne prend que deux valeurs, et pourtant leur moyenne suit, pour n grand, une loi gaussienne : p̂ ≈ N(p, SE2). C'est le théorème central limite. On ne le démontre pas ici, on le regarde se produire.

Conséquence directe, au niveau 2 : P(|p̂ − p| ≤ 1,96·SE) ≈ 0,95. Dans 95 % des tirages, la mesure tombe à moins de 1,96 SE de la vérité. Cette phrase parle de , qui est aléatoire, et de p, qui est fixe. Retiens l'ordre : c'est la mesure qui bouge autour de la vérité, pas la vérité autour de la mesure.

4L'intervalle et sa lectureretourner une inégalité, puis ne pas se tromper de niveau

|p̂ − p| ≤ 1,96·SE se lit dans les deux sens. « est à moins de 1,96 SE de p » est la même phrase que « p est à moins de 1,96 SE de ». On retourne donc l'inégalité et on remplace SE par SÊ :

IC95 = ± 1,96·SÊ = 0,872 ± 1,96 × 0,00472 = 0,872 ± 0,0093 = [86,3 % ; 88,1 %]

L'intervalle est centré sur parce qu'il répond à « où est p ? ». Un intervalle centré sur une valeur hypothétique p0 répondrait à une autre question, « les données sont-elles compatibles avec p0 ? », et s'appellerait un test.

Cent équipes, cent intervalles

Voici l'image mentale qui rend la lecture stable. Cent équipes mesurent le même modèle, chacune sur son propre test set de 5 000 images. Chacune calcule son intervalle. La vraie valeur p est la même pour toutes, et aucune ne la connaît.

« La procédure qui fabrique cet intervalle capture la vraie valeur dans 95 % des répétitions. » Phrase fausse tentante : « il y a 95 % de chances que p soit dans [86,3 ; 88,1] ». Tentante parce que c'est ce qu'on veut savoir, et parce que la phrase juste semble pinailler. Fausse parce qu'elle met une probabilité sur un fait fixe : p est un nombre, il est dans cet intervalle ou il n'y est pas, c'est déjà joué, tu ne le sais simplement pas. Le 95 % est une propriété de la recette, pas de l'intervalle en main. Mettre une probabilité sur p est possible, mais c'est un autre cadre, bayésien, qui demande une loi a priori sur p.

Le 95 % vit au niveau 2. L'intervalle [86,3 ; 88,1] vit au niveau 3. Tu es l'une des cent équipes, tu ne sais pas laquelle, et tout ce que tu peux dire c'est que tu as suivi une recette qui réussit 95 fois sur 100.

Piège : la borne haute qui touche un autre modèleLa borne haute de A tombe à 88,1. Un modèle B affiche 88,1 sur le même test set. On n'en conclut rien : comparer deux modèles est un autre problème, avec un autre objet aléatoire et une covariance qu'on ne peut pas ignorer. C'est le cas 2, et sa porte est en bas de page.

5Wald contre Wilsonaccepter le plug-in ou le refuser

L'intervalle p̂ ± 1,96·SÊ a un nom : Wald. Il accepte le plug-in de la marche 3 sans discuter. Ordre à ne pas inverser : le plug-in vient d'abord, Wald est le nom de l'intervalle qui le prend tel quel. Dire « grâce à Wald on remplace p par » met la conclusion avant la prémisse.

Wilson refuse le plug-in. Il garde p inconnu dans la SE et cherche tous les p tels que |p̂ − p| ≤ 1,96·√(p(1−p)/n). C'est une inéquation du second degré en p, dont la solution est un intervalle légèrement décalé vers 0,5 et jamais hors de [0, 1]. Autrement dit : Wilson est le test inversé, Wald est l'approximation du test inversé.

Pour n = 5 000 et = 0,872, les deux donnent [86,3 ; 88,1] au dixième près. Ils divergent quand le plug-in casse : petit n, près de 0 ou 1.

Lecture de la figure : à n = 100 et p = 0,98, Wald donne [95,3 ; 100,7] — une borne au-delà de 100 %, et surtout une couverture réelle bien en dessous de 95 %, parce que quand le tirage donne 0 erreur, SÊ = 0 et l'intervalle se réduit à un point qui rate presque sûrement. Wilson donne [93,0 ; 99,4] et tient sa promesse. La règle np̂ ≥ 10 et n(1−p̂) ≥ 10 est le seuil au-delà duquel on peut se permettre Wald.

Où chaque maillon casse

#maillonhypothèsece qui casse
1définir pune population cibleconfondre le test set et la population : p n'est pas « l'accuracy sur ces 5 000 »
2expliciter l'expériencetest set tiré, modèle fixeréentraîner ⇒ un autre objet aléatoire, une autre variance (seeds)
3Xi Bernoulli iidindépendance, même populationframes corrélées ⇒ SE sous-estimée ; strates ⇒ p non unique
4accuracy = moyennene pas le reconnaître, et chercher une formule spéciale
5E[p̂] = pmodèle choisi avant le tiragechoisir le meilleur de k sur ce test set ⇒ biais du max (cas 3)
6σ²/nindépendance (règle 2)idem 3
7plug-inn grand, p loin des bordsp̂ près de 0/1 ⇒ Wilson
8TCLnp̂ ≥ 10, n(1−p̂) ≥ 10sinon test exact (binomial)
9IClire le 95 % sur l'intervalle en main
10comparaisongarder la covariancedeux IC séparés ⇒ cas 2

Chaque fois que tu calcules une métrique, demande-toi de quoi elle est la moyenne, et sur quel tirage.

La porte vers le cas 2

Deux modèles A et B, 87,2 et 88,1 sur le même test set. L'erreur naturelle est de dessiner les deux intervalles de cette page et de regarder s'ils se chevauchent. Ils se chevauchent, et pourtant B est significativement meilleur. Le cas 2 explique pourquoi : la question porte sur un seul objet, la différence, et les deux mesures partagent le même tirage.